UN ESPION VIEUX COMME LE MONDE, YVES-NOËL GENOD

2019

Yves-Noël Genod sur l'invitation d'Olivia Grandville et Yves Godin, Dance-park, Lieu Unique, Nantes.​ Avec Aurélie Mazzeo, Emma Bathilde, Hugo Fernandez, Konan Dayot, Lou Chenivesse, Marianne Blin, Meg Boury, Opale Mirman, Paul Garcin, Quentin Boudaud, Théo Phélippeau.

 

« Le plaisir de faire (ou de défaire) un spectacle idéal. Yves Godin a construit un espace en bois et en lumière, une sculpture très belle (qui se suffit à elle-même) et Olivia Grandville m’a invité à y produire une forme. « Ce serait bien qu’il y ait du monde », m’a-t-elle dit. On a donc rencontré du monde, j’adore les castings. Yves aurait préféré, je crois, que je sois seul. Je serai donc seul avec du monde, des invités. Je l’ai déjà fait plusieurs fois. Mes premiers one man shows étaient entourés d’une fine équipe, pas des moindres, Jonathan Capdevielle, Julien Gallée-Ferré, Thomas Scimeca pour ne citer que les premiers de la liste, les vétérans. La difficulté, ici, c’est que la forme sculptée par Yves est plus belle sans public (ou avec très peu de public). Encore une fois, il s’agit donc de trouver une astuce — une sacrée astuce — pour que — comme par la gnose — le public s’évapore, se spiritualise, se diffuse en particules, s’immatérialise en quelque sorte et que le lieu du passage, lui, phosphore dans l’obscurité. « Rien n’aura eu lieu que le lieu » écrit Mallarmé. »

 

Yves-Noël Genod a toujours joué, mis en scène, tout d’abord avec Claude Régy et François Tanguy puis avec Loïc Touzé. Il développe un théâtre dont on aurait enlevé le drame, l’action et dont il ne resterait que la poésie, le fantôme, la trace.

DANSER AVEC LES OMBRES, LOU CHENIVESSE, 2019

Un film de Lou Chenivesse, vidéo numérique, 17 min, 2019 ​

 

"« Danser avec les ombres » est un film qui retrace l’histoire d’une famille (la mienne) de corses pied-noirs qui quittent le Maroc pour s’installer en France. A nouveau arrachés à une terre, terre qu’ils avaient fait leur, ils tentent par l’achat d’une maison au rabais de recréer leur origine. Cette maison devient le lieu des espoirs, le lieu des projections, des crispations, des passions. Leurs pieds s’enfoncent peu à peu dans la terre et se mêlent au fil des générations, de plus en plus profondément aux racines des arbres du jardin. Les anciens meurent et les suivants héritent de leurs disputes, se déchirent. Puis la maison est abandonnée. Elle est le point névralgique de l’histoire familiale et démembre les Ambrosini. Ils sont retenus dans la maison par des fils à la longueur vertigineuse qu’ils ne semblent pas percevoir et les laissent songer une liberté. Les fantômes qui s’y bousculent les enlacent pour les emporter avec eux et guérir leur solitude.

Que se passe-t’il si l’on rejoue des scènes dans les lieux où elles se sont déroulées des années auparavant ? 

 

Le scénario de Danser avec les ombres est écrit à l’aide d’entretiens que j’ai réalisé auprès de  15 membres de ma famille, de lettres, de photos et de divers documents. Le film est tourné dans la maison en question et une partie des interprètes sont des membres de la famille.

 

Je m’intéresse au fantôme aussi bien en psychanalyse qu’en tant que croyance plus mystique. Il incarne l’idée d’un secret transmis de génération en génération, d’inconscient à inconscient, et dont le sujet hérite sans le savoir. Ce dernier est hanté par des histoires qui ne lui appartiennent pas directement, comme s’il les avait lui-même vécues. Hantés par les fantômes du passé qui flottent autour de nous, nous sommes les fantômes de ceux que nous précédons. L’idée d’une temporalité linéaire se délie, les époques passées, présentes et futures se superposent pour devenir une. Notre réalité environnante est pleine d’invisible et de mystère, et ce serait la trahir de n’en retenir que l’apparence immédiate.

 

J’aime entremêler les différentes réalités, faire tomber la frontière entre fiction et documentaire,   que le spectateur ne puisse plus démêler le vrai du faux. Dans « Danser avec les ombres », je lie des images fantasmagoriques, poétiques des textes narratifs à des images plus documentaires accompagnées des entretiens que j’ai réalisés auprès de ma famille. C’est ma mère qui joue le rôle de mon arrière-grand-mère. La théâtralité que j’insère dans mon travail participe de ce faux-semblant, et le cinéma permet d’amener de la narration et d’aider à la crédulité du spectateur. Selon Nietzsche, «il n’y a que des apparences, des fictions, des masques, bref du mentir vrai». La réalité n’est qu’apparence et interprétation, et le monde plein et essentiellement constitué d’inconnu. La réalité fictionnelle est alors une interprétation comme une autre et peut donc avoir valeur de vérité, autant que le documentaire, et peut-être plus ?" 

https://www.louchenivesse.com/danser-avec-les-ombres

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Opale Mirman Artiste
plasticienne performeuse